Liberation - 20/11/01 - A New Fanaticism In Egypt.

The judgment, in Cairo, of 23 gay men is shocking, especially in a country renown for its tolerance.

A new fanaticism in Egypt

By Jean-Jacques AILLAGON. Jean-Jacques Aillagon is president of the Pompidou Center.

Tuesday November 20, 2001

[The following is only a very approximate translation and some of the text has been edited - the full text in French follows the English version.]



In 1996, France and Egypt had agreed to present one joint cultural season under the title of "France-Egypt. Shared horizons ". The general responsibility for this had been entrusted to me. I had taken it up with joy and with curiosity for the cultural vitality of Egypt.

The judgment by a court in Cairo, of 23 men, for various reasons, grains me and shocks me. I make a point of telling my Egyptian friends and the representatives of this country of my indignation.

This trial, obviously, was motivated by the desire to placate the fundamentalists. It shakes the moderate tradition of Egypt. It accentuates the difficulty for women or men with a different lifestyle. The marginal position of the gay community in Egypt now mirrors that of the copts [christians].

Whatever the attachment of the Egyptian nation to its majority religious tradition, one cannot be comforted to see the irruption of a new fanaticism in a country which once had an enviable reputation for tolerance. This depressing development occurs at the time when the international situation raises once again the question of the relation between Islam and Islamism and the question also of the universality of human rights.

One would like to believe that humans rights constitute a reference point for all, that Islam is not incompatible with these rights or with cultural diversity. One seeks for proof of this without ambiguity, without any reserve. That the State ceases prosecuting homosexuals in front of courts of justice. That one allows each one to live his sexual inclination in his own way, with simplicity and happiness, in the respect naturally of the others and the laws which honour humanity, in Egypt, like everywhere in the world.

I forget naturally that the end of sexual discrimination is, in our country, a recent conquest and that we had to wait until the law of August 4, 1982 so that homosexuality was subjected, neither more nor less, with the same legal constraints as heterosexuality, the age of the sexual majority being fixed at 15 years for one as for the other. One remembers that until the adoption of this law, any relation between two adults of the same sex of less than 21 years was held to be illegal. This retrogressive legislation derived from the era of Vichy and the decree signed by the Pétain marshal on August 6, 1942.

The history of the West shows that the equal rights are a long walk punctuated by such regressions, with the last judgment and the execution, in 1757, of a certain Jacques François Pascal for "crime against nature."

Is this a reason to wait patiently for change in Egypt ? No. Certainly not. Our duty is to help Egypt to make its way more quickly than us, while recalling our own history, which on this matter, holds a piteous truth.

Each country should hold to its own traditions, perhaps, within certain limits. But don't forget the horrors of Paragraph 175 and the persecution of homosexuals by the Nazis. Egypt, by stigmatizing a minority sexual identity and attempting to differentiate itself from the West, risks approaching the darkest side of our history.



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La condamnation, au Caire, de 23 homosexuels est choquante, surtout dans un pays réputé pour sa tolérance.

Un nouveau fanatisme en Egypte

Par JEAN-JACQUES AILLAGON Jean-Jacques Aillagon est président du Centre Pompidou.

Le mardi 20 novembre 2001



En 1996, la France et l'Egypte s'étaient accordées à présenter une saison culturelle conjointe sous le beau titre de «France-Egypte. Horizons partagés». Le commissariat général de cette manifestation m'avait été confié. Je l'avais exercé avec joie, avec curiosité pour la vitalité culturelle de l'Egypte, avec respect pour la qualité de mes interlocuteurs officiels, responsables d'institutions culturelles, artistes. La condamnation aujourd'hui, par un tribunal du Caire, de 23 hommes, à divers motifs visant, de fait, le délit d'homosexualité me chagrine et me choque. Je tiens à apporter à mes amis égyptiens le témoignage de mon indignation et aux représentants de ce pays que j'aime celui de ma protestation.

Ce procès a, de toute évidence, été motivé par le désir de donner à une frange intégriste de l'opinion des gages de rigueur. Il ébranle la tradition modérée de l'Egypte. Il accentue la régression de sa capacité à faire vivre dans la même république des femmes et des hommes différents. La difficulté d'être, dans ce pays, homosexuel rejoint celle d'y être copte.

Quel que soit l'attachement de la nation égyptienne à sa tradition religieuse majoritaire, même si l'islam y est religion d'Etat, on ne peut se consoler de constater l'irruption d'un fanatisme nouveau dans un pays dont la réputation de tolérance faisait l'une des qualités. Ce signal fâcheux se produit au moment où, la situation internationale faisant, se pose une nouvelle fois la question de la relation entre l'islam et l'islamisme, la question aussi de l'universalité ou de la relativité des droits de l'homme.

On aimerait croire que les droits de l'homme constituent une référence pour tous, que l'islam n'est pas ennemi de ces droits et notamment de celui à la différence... Qu'on nous en donne la preuve sans ambiguïté, sans réticence. Qu'on cesse de traduire des homosexuels devant des cours de justice. Qu'on permette à chacun de vivre son inclination sexuelle de façon sereine, avec simplicité et bonheur, dans le respect naturellement des autres et des lois qui honorent l'humanité, en Egypte, comme partout dans le monde.

Je n'oublie pas naturellement que l'effacement des discriminations sexuelles est, dans notre pays, une conquête récente et qu'il aura fallu attendre la loi du 4 août 1982 pour que l'homosexualité soit soumise, ni plus ni moins, au même régime légal que l'hétérosexualité, l'âge de la majorité sexuelle étant fixée à 15 ans pour l'une comme pour l'autre. On se souvient que jusqu'à l'adoption de cette loi, toute relation d'un adulte avec une personne de même sexe de moins de 21 ans était tenue pour illicite. Rétrograde, cette législation l'était certainement, et régressive même puisqu'elle n'était rien d'autre que l'héritage en la matière de Vichy et du décret signé par le maréchal Pétain le 6 août 1942.

L'histoire de l'Occident montre que l'égalité des droits est une longue marche ponctuée par de telles régressions. Une longue marche commencée, en l'espèce, avec la dernière condamnation et l'exécution, en 1757, d'un certain Jacques François Pascal pour «crime contre nature» (et assassinat aussi il est vrai). Une longue marche jalonnée par la parfaite égalité pour les délits sexuels établis par le code civil dès 1810.

Est-ce une raison pour s'accommoder de ce qui se passe en Egypte en se résignant à ce qu'après tout chacun aille à son rythme, avec ses propres régressions? Non. Certainement pas. Ce serait faire insulte à ce pays de haute et vieille civilisation que de lui accorder les circonstances atténuantes que les tribunaux réservent habituellement aux brutes arriérées.

Notre devoir n'est pas de comprendre et d'admettre, tout en déplorant mollement, mais d'aider l'Egypte à faire plus vite son chemin que nous, en lui rappelant solennellement, sur cette affaire, une piteuse vérité qu'elle connaît bien.

Chacun ses traditions, peut-être, dans certaines limites... Mais, au moment où sort sur nos écrans Paragraphe 175, documentaire sur les persécutions des homosexuels par les nazis, que l'Egypte ait conscience qu'en stigmatisant l'identité sexuelle pour se différencier de l'Occident moderne, elle prend le risque de se rapprocher de la part la plus sombre de notre histoire.

Latest news 22 May 2012: Cairo psychiatrist claims he can "cure" 70 to 75 per cent of gay teenagers.